éléphants à Ruaha

Conseils sur le matériel photo pour safari

Certes, le matériel est contingent, c'est l'œil du photographe qui fait la photo. On peut faire de bonnes, voire d'excellentes photos de safari avec un compact. Ou avec un bridge. Un reflex à objectif interchangeable n'est pas forcément nécessaire. Mais quand même... Rien ne remplacera un long télé pour cette scène de chasse au loin, un objectif macro pour ce beau scarabée, un grand-angle pour ce paysage. Et la cadence du boîtier, son étanchéité à la poussière, le format de son capteur peuvent jouer... Donc...

Argentique versus numérique, un débat obsolète ?

Il n'y a plus de match, la photographie de safari est numérique, soit avec un bridge pour les amateurs, soit pour la photographie expert ou pro avec un reflex numérique à capteur de format APS-C ou 24x36. C'est quasiment un débat obsolète en 2009, le numérique a gagné par KO en photo animalière. On ne trouve pratiquement plus d'ailleurs sur le marché de reflex 24x36 argentique neuf, sauf quelque appareil de niche comme le Leica M argentique produit à quelques exemplaires. Le tableau comparatif (déjà ancien et dépassé : il date de 2006 !) que vous pouviez trouver sur la page "argentique" de notre ancienne mouture du site est maintenant totalement déséquilibré au profit du numérique, qui ne perd son avantage que quand les possibilités d'alimentation électrique sont nulles ou presque. Ou lorsque l'on est allergique à tout tripatouillage de l'informatique...

Certes, c'est à chacun de choisir selon les critères qui sont pour lui déterminants, esthétique, côté pratique, goût pour les gadgets ou au contraire aversion de l'informatique... Nous avons choisi le numérique, au départ 300 D Canon, malgré tous les défauts du numérique en général et du 300 D en particulier, complété ensuite par un autre numérique Canon moins basique, puis d'autres boîtiers expert ou pro... On remarquera que le 300 D au début de sa commercialisation était vendu au prix d'un reflex argentique expert.... Le nombre de photos faites a ainsi connu une inflation considérable, hélas très supérieur à l'augmentation du nombre de bonnes photos faites !

On peut dire en simplifiant que seuls quelques esthètes passionnés et/ou originaux continuent ou continueront à utiliser l'argentique en photographie animalière de safari.

Choix bridge ou reflex

Bridge

Sauf exception (je n'en connais pas), les amateurs experts délaisseront le bridge, appareil à objectif non interchangeable, muni d'un zoom qui peut monter à un équivalent 24x36 de 400 mm et plus. Ils lui reprocheront les inconvénients qui suivent :

- son viseur électronique :pour l'instant encore, il est moins agréable, moins lumineux, moins performant que celui des reflex ; de gros progrès seront sans doute accomplis dans les toutes prochaines années

- son objectif fixe : il a un piqué moindre que ceux des reflex, encore que l'on puisse en discuter si on ne parle pas des optiques reflex pro, et surtout il est moins lumineux, de plus il est souvent limité du côté grand-angle à 28 ou 35 mm équivalent 24x36, exceptionnellement moins.

- son capteur : il est de petite taille, parfois même très petite, ce qui favorise la montée du bruit dès 400 ISO ou moins et ce qui donne une profondeur de champ parfois trop importante, car on recherche souvent un sujet net bien détaché sur un joli fond flou ("bokeh"). Les reflex les plus performants permettent d'utiliser des sensibilités de 3200 ISO et plus, les bridges sont souvent limités à 400 à 800 ISO exploitables, d'autant que le nombre de leurs photosites augmente sans cesse : beaucoup plus de photosites égale photosites beaucoup plus petits, d'où signal beaucoup plus faible nécessitant une amplification beaucoup plus importante avec pour résultat un bruit thermique et un bruit chromatique beaucoup plus importants.

- les agrandissements importants lui sont interdits, les meilleurs donnent de plutôt bons A3, mais guère plus.

- enfin, les bridges sont souvent affectés d'un retard au déclenchement assez important, même si des progrès ont été faits et se poursuivent.

Le bridge présente pourtant des avantages qui en font un choix très raisonnable pour beaucoup d'amateurs : une grande légèreté, ce qui est important pour le transport (en cabine, œuf corse) mais aussi pour l'usage en safari, pas de batterie d'objectifs encombrants et onéreux, tout est toujours disponible, sans changement d'objectif, le risque de poussière sur le capteur est nul (ou presque, l'étanchéité n'est pas toujours parfaite), le coût du matériel est (relativement, relativement) réduit, les possibilités de macrophotographie sont réelles et faciles à toutes les focales en bénéficiant au mieux de la profondeur de champ plus importante, enfin certains bridges ont des focales longues allant jusqu'à un équivalent 1200 mm en 24x36 !

Reflex

Le reflex s'adresse plus à l'amateur éclairé, qui sait jongler avec diaphragme, profondeur de champ, mesure d'exposition. Le reflex est presque immédiatement en action, le temps de latence entre déclenchement et prise de vue est des plus courts, la gamme d'objectifs utilisables va, en plein format, du 14 au 800 mm chez Canon, du 14 au 600 mm chez Nikon (je ne parle que des objectifs actuellement réellement en vente, pas des spéciaux sur commande au prix d'une limousine de luxe). Les possibilités d'autofocus, de cadence, de mesure d'exposition, de télécommande, de transmission Wi-Fi, de vidéo sont superlatives, le safari idéal exige un reflex numérique récent avec les optiques appropriées et les accessoires qui vont bien.

En revanche, pour une utilisation amateur, en tirage 9x13 ou 13x18 ou équivalent (les bridges sont souvent de rapport 4/3 et non 3/2), les résultats sont parfaitement acceptables et avec un bon post-traitement le A4 ne devrait pas poser de problème. En revanche-bis, le bridge est parfaitement adapté pour une utilisation sur écran, puisque la plupart des photos des amateurs ne sont jamais tirées sur support papier. Le traitement logiciel des images d'un "compact" (grosso modo, un bridge sans viseur électronique et avec un zoom d'amplitude plus limitée) ou d'un bridge est conçu pour donner une photo de format jpg (donc directement exploitable, imprimable, visible par tous les logiciels) qui est accentuée et a un bruit lissé de manière à pouvoir être utilisée directement sans post-traitement. On peut reprocher à ce traitement d'être parfois même un peu excessif, donnant une image 'flashy" type carte postale, très marquée "numérique", mais les bons bridges évitent cet écueil plus fréquemment rencontré sur certains "compacts".

Choix de l'objectif : petit télé, moyen télé ou long télé ?

On peut très bien faire tout un safari avec un 70-200, on risque d'en revenir avec de belles photos mais tout à fait frustré par toutes celles que l'on n'a pu faire... Il faut penser que le hors-piste n'est permis qu'à de rares endroits dans le Serengeti ou le NCA (région de Ndutu), et encore bien souvent sur le principe du pas vu-pas pris, donc on ne peut pas toujours s'approcher autant que l'on voudrait, dans le cratère le hors-piste est absolument exclu, les rangers sont omniprésents et impitoyables, les chauffeurs le savent.
Dans le cratère du Ngorongoro en Tanzanie, ou dans beaucoup de parcs du Kenya (ou d'Afrique du Sud), les animaux sont certes habitués aux voitures et beaucoup moins farouches que dans les parcs du nord de la Tanzanie ou de ceux du sud où les visiteurs par an se comptent en centaines et pas en milliers ou dizaine de milliers. Mais même dans le cratère, des scènes de loin, kill, rhinos, oiseaux (flamants, aigles), hippopotames dans leur hippo pool bénéficieraient bien d'un 300 ou 400 (ou plus long si affinités), et ce même en tenant compte du coefficient des petits capteurs qui fait qu'un 100 mm cadre comme un 150 mm (Nikon, Sony) ou un 160 mm (Canon). Attention, le x mm ne devient pas un 1,5 x ou un 1,6 x mm, il garde, à grandissement égal, toutes ses caractéristiques optiques, notamment piqué, profondeur de champ, diffraction.

Je conseille très fortement d'avoir un boîtier de secours. Au besoin, soit se faire prêter un vieux boîtier, soit acheter d'occasion un "vieux" 8, 10 ou 12 Mpx, qui peut se trouver en bon état de fonctionnement à moins de 250 € et qui servira de boîtier de secours. Imaginez-vous avec un boîtier Canon (pas au hasard) en erreur ERR 99 ou ERR 40 le premier jour du safari... Et bien, ça nous est arrivé, une ERR 99, sur un 40 D tout neuf (moins de 15 jours), et si nous n'avions eu que lui, bonjour le safari photo !
Monter dessus le 70-200 pour les scènes d'ambiance, les groupes, troupeaux, etc.
On peut se servir du "mulet" en dépannage du boîtier principal en cas de souci. Ou bien en complément, par exemple our monter dessus un grand-angle pour les paysages ou un autre objectif moins sollicité. Cela peut également permettre de limiter les changements d'optique et donc le dépôt de poussières sur le capteur.
Et sur le boîtier principal, le plus performant of course, on peut monter un objectif plus long. Louer/acheter/se faire prêter un 300 (f/4 L IS ou Sigma ou mieux si affinités) ou si l'on peut un 400 de marque ou non. Même, à la rigueur sans stabilisation, comme le Canon EF 400 f/5.6 L (non IS) car des photos à main levée, on en fait, mais aussi et encore plus en appui sur un bean bag sur le toit ou la fenêtre.

Un 300 (mini) ou mieux un 400 est aussi utile pour les oiseaux, même les faciles comme les photogéniques rolliers ou étourneaux superbes, et encore plus pour les calaos, jabirus, cigognes diverses et autres hérons divers, dont il serait dommage de ne pas tirer le portrait. Si l'on s'intéresse vraiment à l'avifaune, un 500 mm devient le minimum, et, même avec un appareil à grand capteur 24x36, un 600 mm, voire un 800 mm.
On trouvera sur l'excellent forum Chassimages des discussions sur les téléobjectifs ou zooms abordables (ou à peu près), avec des opinions différentes des miennes, ce qui peut en faire l'intérêt.
Notamment ici sur les 300 mm, là avec le 70-200 ou bien encore ici. Et ça, rien que pour les boîtiers Canon, il doit y en avoir bien d'autres...

Zooms ? Ne pas les oublier !

Dans le même ordre d'idée, le zoom est souvent pratique, même si c'est (un peu, presque pas ou beaucoup selon son prix)au détriment de la qualité optique. Détriment d'ailleurs modéré et souvent sans conséquence pratique en utilisation normale des photos, c'est à dire sans sortir de A3 ou posters !

Et les grands-angles ? Aussi !

Sans être Bill Brandt ou, plus animalier, Nick Brandt, les grands-angles sont des objectifs qui doivent faire partie de l'arsenal du photographe en safari ! Pour les couchers-levers de soleil, les troupeaux, les beaux paysages africains, les photos d'ambiance au lodge ou au camp ! Et, si affinités (et talent, cf. le sus nommé Nick Brandt), pour la photographie d'animaux avec des résultats originaux. Il ne coûte rien (avec le numérique) d'essayer !

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Marques

Toutes les marques sont bonnes, que ce soit Nikon ou Canon, les plus riches en gamme d'objectifs et d'accessoires, en nombre de boîtiers du bas de gamme (relatif) au matériel professionnel ou Sony, repreneur de Minolta, Pentax, au rapport qualité-prix unanimement célébré, ou Olympus, Panasonic, Samsung, les adeptes du format 4/3 (capteur un peu plus petit, donc coefficient de conversion plus important, objectifs plus légers, avec en contrepartie des possibilités d'agrandissement plus limitées bien que suffisantes le plus souvent). C'est à chacun de faire son choix en fonction de ses habitudes, de l'adaptation à son cas (gaucher, type de visée, taille des mains, etc.). Nous sommes des utilisateurs Canon comblés par la qualité des optiques blanches, mais le hasard aurait pu en décider autrement, qui sait...

Le superbe site de notre superbe (surtout avec sa casquette) ami Yvon, Picardimages, n'est pas uniquement dédié à la photo de la superbe région picarde (et du Kenya), il comportait, entre autres, une section consacrée au matos que je ne saurais trop vous encourager de visiter, quelle que soit votre marque de prédilection, même si elle a encore quelques manques, comme, au hasard, la FTM du Canon EF 800 F/5.6 L IS... Mais Yvon a ouvert un nouveau site super-extra, Faunographie, plus spécifique de la photographie animalière, avec notamment un superbe essai terrain du zoom Canon EF 200-400 f/4 L...

Format RAW ou jpg

Là aussi, le choix est facile ! Pour les non experts et/ou réticents en informatique, c'est le jpg, format compressé prêt à être imprimé ou lu par tous les logiciels et systèmes d'exploitation. Je conseille instamment le jpg de la plus haute qualité. Pour tous ceux qui veulent aller un peu plus loin, c'est le format RAW qui s'impose. C'est lui qui permet au mieux d'exploiter les possibilités de l'image donnée par le capteur. En revanche, tout a un prix, et là, le prix, c'est du temps passé à exploiter ses photos, même si des logiciels propriétaires ou non (Lightroom ou Aperture par exemple) permettent des traitements par lot.


Important :
prenez en cabine tout ce dont l'absence transformerait votre safari photo en désastre : boîtier (et si possible deux boîtiers), objectif mais aussi chargeur, adaptateur de prise de courant, batteries, cartes mémoires, ordinateur ou disque dur externe. Ne laissez voyager en soute rien de précieux ou d'indispensable ! Si un bagage est égaré, des vêtements peuvent vous manquer mais il y a toujours moyen d'y remédier, remplacer un appareil photo, un chargeur de batterie, des cartes mémoire est plus problématique, surtout en Afrique...