éléphants à Ruaha

Ngorongoro : une journée dans le cratère

Nous avons effectué 5 safaris d'une journée entière (c'était avant la restriction -théorique ?- à 6 heures) dans lecratère du Ngorongoro.Nous n'avons jamais été déçus ou lassés de sillonner ce petit territoire (petit à l'échelle tanzanienne, of course) de seulement (sic) 270 km².

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Chaque visite a été extraordinaire, unique, inoubliable mais l'un de ces safaris a été plus extraordinaire, unique et inoubliable.

   C'est ce safari du 6 février 2004 que je vais vous raconter, même si je sais bien que mes piètres efforts ne suffiront pas à transmettre la joie, le ravissement qui nous ont accompagnés toute la journée (à une demie heure près, cf. infra).    Kwaheri, Ngorongoro !

serena ngorongoro petit déjeuner
 Vendredi 6 février 2004
 

Lever à 6 heures, soleil un peu voilé. Petit déjeuner du Ngorongoro Serena Lodge excellent (avec ananas, crêpes et œufs au bacon !) , comme toujours en Tanzanie. Un vrai régal pour les gourmands et toujours une qualité diététique (à condition de ne pas abuser des piments, mon péché gourmand) et hygiénique parfaite, la pharmacie digestive restera comme à chaque fois inutilisée...

Troupeau moutons au  ngorongoro
     Nous enfourchons (si j'ose dire...) le Land cruiser Toyota et la route de descente . Nous sommes salués par l'alouette matinale et après quelques arrêts pour photographier un troupeau, le lever de soleil et différents oiseaux (un Montagu’s Harrier, un traquet, Anteater Chat) et un chacal doré nous atteignons une première piscine à hippo, flamants et autres zèbres, le bord du lac Magadi (ou Makat), lac alcalin près du centre du cratère,au sud-ouest.

    Nous rencontrons une gazelle pas encore très bien réveillée. Un jeune zèbre broute son petit déjeuner dans le soleil levant. Nous sommes des (presque) habitués de l’endroit, c’est notre troisième visite du cratère, toujours guidé par Ally Mtumwa. Ally est non seulement le meilleur des chauffeurs-guides mais un ami comme l’on en compte peu.  Et patatras ! Ally est appelé par radio : l’hôtel a reçu un e-mail, on ne peut nous le lire car il est en français, on l’envoie donc avec une voiture de touristes qui descend dans le cratère. Nous attendons donc une heure en ruminant de sombres pressentiments, incendie, maladie, voire pire ! Nous photographions les flamants nains, certes plus roses qu’à Ndutu mais sans grande conviction. La voiture du Serena arrive enfin, chargée de japonais et de notre message que le chauffeur nous remet. Ouf, trois fois ouf, c’est un mail de ma belle-mère pour nous annoncer que tout va bien et nous souhaiter une très bonne continuation, genre IL EST DEUX HEURES DU MATIN, DORMEZ EN PAIX, BRAVES GENS !  
Nous apprendrons plus tard qu’il avait été posté la veille pour nous attendre à notre arrivée mais que pour d’obscures raisons de secrétariat, le courrier électronique n’avait été relevé qu’aujourd’hui au petit matin, mais quand même après notre départ dans le cratère, la scoumoune, quoi ! Ou un traitement de l’information à la mode de Tanzanie genre akuna_matata, ça ne fait rien ! Ouf, ouf, ouf, allons à l’Hippo Pool mais ça sera trop tard pour voir les hippos se mettre à l’eau (ce sera pour un autre jour).

En chemin, rencontre avec un bubale de Coke, un curieux qui se retourne pour nous zieuter... Nous avons été dépassés par des minibus (4x4) de japonais qui s’étaient pourtant arrêtés longuement pour filmer un village masaï au bord du cratère. On renonce à l’Hippo Pool ? Non, les 4x4 présents ne restent pas longtemps, l’hippo ne fait pas partie du glorieux big five étiqueté pur beurre (lion, éléphant, buffle, rhinocéros, léopard) ni même de mon big five photo à moi que j’ai (les mêmes avec le guépard à la place du buffle et les oiseaux en plus ! ça fait six ? quand on aime, on ne compte pas et en plus je suis nul en anglais, alors !).

On s’installe tout au bord de la piscine hippopotamière, à Mandusi Swamp, et nous bénéficions du spectacle charmant de ces charmantes petites bêtes (leur_galerie_ici) qui se roulent de bonheur, montrant leur joli petit ventre rose.

  Avec parfois aussi des querelles courtes mais violentes, C'est qu'il s’agit de faire respecter son territoire, surtout si l’on est une dame hippo accompagnée de son petit ! Par le toit ouvrant et par la fenêtre, les shoots se multiplient, vive le numérique (notre consommation moyenne était de 5 pellicules 36 poses par jour en argentique, et encore, je devrais dire ma consommation car ma blonde ne prenait que des photos d’ambiance et de paysage avec son petit bijou de Leica Minilux). Il faut dire que l’endroit s’y prête, jugez-en : ibis, aigrettes, hérons_cendrés, un héron mélanocéphale, des cigognes tantales, un pélican, deux jacanas, nous y avons déjà vu et y verrons des martins-pêcheurs (malachite). Pas de raton-laveur, mais qui sait pour une prochaine fois, inch'Allah...

   Mais un éléphant s’approche au trot, il franchit des ruisseaux pour finalement aller se poster au bord d’une mare, il s’abreuve à grands coups de trompe, pour s’équilibrer et ne pas être entraîné vers l’eau, ou par délicatesse, l’équivalent du petit doigt en l’air, il soulève une patte arrière…Demi-tour : un serval ! le félin s’avance dans les herbes, il se dirige innocemment (en sifflotant ?) vers une grue couronnée, il la dépasse sans essayer de l’attaquer… Repu ? Trop grosse ? Trop loin ? Nous en verrons deux autres dans la journée, mais de beaucoup plus loin. Nous en avons vu un à Amboseli la même année, ce sera l'année des servals !  Nous quittons presque à regret la baignoire des mastodontes. Le temps s'est mis au grand beau

. 

Nous voyons un rhinocéros dans le lointain, puis bien plus près des lions, un mâle et deux femelles avec deux lionceaux. Nous photographions aussi une sentinelle à gorge rose, Rosy- breasted Longclaw. Ally veut nous conduire sur la "Table ronde" (Round Table ou Engitati Hill), un plateau au nord du cratère. Nous voyons un deuxième serval pendant la montée...
    Sur la table ronde, nous avons rendez-vous avec une mère et ses quatre petits, spectacle à nous seuls réservé ! Nous les observons volontairement d'assez loin pendant (presque) une heure, sans être dérangés par quiconque.  En redescendant, le troisième serval de la matinée ! Ally n'avait jamais vu 3 servals en un seul jour !  

ibisaigrettes

En descendant de la "Table ronde",  nous repérons le troisième serval de la journée ! Au tour d'une belle outarde, l'outarde à ventre noir, Eupodotis melanogaster (Black-bellied Bustard). Nous repérons ensuite deux avocettes. Nous entrons dans la forêt de Lerai. C'est une forêt où domine l'arbre à fièvre, Acacia xanthophlea (fever-tree ou yellow-barked acacia) facilement reconnaissable à son tronc jaune. Sa présence signale celle de moustiques transmetteurs de différentes maladies, dont le paludisme, principal fléau de l'Afrique avec le SIDA.   Nous croisons d'abord un insolite rassemblement d'espèces : un cobe à croissant mâle, noblement couché tête levée et cornes en valeur, sa femelle couchée à l'ombre, un aréopage simiesque (des babouins) et un guib harnaché (une dame bushbuck, sans corne) en train de brouter sans peur près de nos cousins (les babouins ne dédaignent pas la chair fraîche et sont capables de tuer un herbivore pas trop gros, surtout s'il est jeune ou/et affaibli). Plus loin nous rencontrons une petite bande de vervets perchés.

 Outarde

 Nous nous arrêtons dans la forêt de Lerai pour pique-niquer. Dans le cratère du Ngorongoro, seuls deux endroits sont aménagés en aire de pique-nique avec point d'eau et toilettes (apporter son papier peut être souhaitable), l'un dans la forêt avec des singes qui ne rêvent que de voler votre nourriture, l'autre au bord d'un petit lac avec des milans qui ne rêvent que de voler votre nourriture. Il est interdit de descendre de voiture en tout autre lieu, comme dans la plupart des parcs de Tanzanie.

Les vervets sont très peu timides et mendient effrontément quand ils n'essaient pas de se servir eux-mêmes ! Comme pour tous les animaux dans les parcs et réserves il est interdit de les nourrir. Dans leur cas, c'est d'ailleurs dangereux car ils peuvent mordre et le risque de contamination par le virus de la rage n'est pas exclu en cas de morsure.

Ally, prévoyant, a chargé table et chaises pliantes, et n'a surtout pas oublié le thermos de café, en fait d'eau très chaude, nous y rajouterons l'excellent café instantané tanzanien pour siroter notre drogue préférée. Le pique-nique du Seronera est plutôt entre médiocre et passable comme le sont le plus souvent les pique-nique des lodges, d'après notre expérience, seuls les pique-nique des camps sont de qualité entre très acceptable et excellente. Même médiocre, notre repas attire la convoitise de nos cousins simiens ! Ils sont moins voleurs que les milans qui dérobent dans les mains des touristes imprudents sandwiches et biscuits, au risque de les blesser. Seule parade contre les milans, manger ou dans la voiture, ou ù l'abri de la portière ouverte, ce qui décourage leurs vols (ô combien) en piqué (ô combien). Pour les vervets, il suffit de ne pas laisser la nourriture sans surveillance et de gronder les plus hardis, une sinécure ! c'est vrai qu'il est dur de résister, ils sont tellement mignons ! Disons qu'au moment de jeter les déchets, un morceau de gâteau sera malencontreusement tombé à terre, et glissons.

En sortant de la forêt, nous rencontrons un grand mâle solitaire aux défenses impressionnantes. Le cratère ne reçoit que des mâles, pas de dames Babar ni d'enfants éléphants, les pentes sont trop rudes pour eux et le territoire (270 malheureux km² !) est d'ailleurs trop limité pour bien nourrir la famille matriarcale de dix à vingt trompes qui est la règle chez nos pachydermes préférés.

éléphant au Ngorongoro

cratère du Ngorongoro